Le paysage associatif français : évolutions et transformations du secteur

Tous les six ans, les chercheurs Viviane Tchernonog et Lionel Prouteau présentent un état des lieux du secteur associatif français. Leur enquête Le paysage associatif français fournit des données chiffrées et des analyses de cadrage afin de repérer les principales évolutions du secteur. Ils dressent ainsi le panorama d’un secteur associatif toujours vital pour la société et qui continue de séduire les Français, malgré les difficultés rencontrées.

Un poids économique de taille

La France compte 1,5 million d’associations en activité en 2017, pour un poids économique de 113 milliards d’euros. Soit une contribution à hauteur de 3.3% au PIB français. Une répartition cependant inégale, puisque 75 % des associations gèrent un budget annuel de moins de 10 000 euros. Seulement 1.3% d’associations gèrent un budget de plus de 500 000 euros et représentent à elles seules 71.2% des 113 milliards du budget total. Au regard des différents secteurs d’activités, celui de l’humanitaire du social et de la santé réalise 51% du budget total cumulé, suivi de l’éducation (13%) et des sports (12%).

Inégalité d’emploi entre les secteurs

Le secteur associatif emploie 1.8 million de salariés à temps plein ou à temps partiel, soit 10% de l’emploi privé en France. On dénombre ainsi 159 000  associations employeuses majoritairement réparties dans trois secteurs d’activités : 23% interviennent dans le secteur de l’humanitaire, du social et de la santé ; 27% dans le sport et 24% dans la culture.

Toutefois, les conditions d’emploi semblent inégales selon les structures et les secteurs. Sans surprises, l’enquête révèle que plus les ressources budgétaires des associations sont faibles, plus les conditions d’emploi sont difficiles. Ce sont ainsi les associations qui ont les budgets les plus importants (supérieur à 1 million d’euros) qui concentrent les trois quarts du volume de l’emploi, alors qu’elles ne représentent que 10% des associations employeuses. Dans les associations dont le budget est inférieur ou égal à 40 000 euros, la part des temps complets est de 16.9%, contre 60.3% pour les structures disposants des ressources les plus importantes. Quant au salaire, il est 2.5 fois plus élevé chez les associations à plus gros budget. De plus, au sein même des grandes associations la part de l’emploi varie aussi en fonction du secteur d’activité : on emploi davantage dans le secteur du social et la santé, contrairement à celui des sports ou de la culture.

Toujours plus de bénévoles                                                                              

Le secteur associatif ne faiblit pas puisque le nombre d’associations a augmenté de 2.4% par an. Si les grandes associations fournissent l’essentiel de l’emploi salarié, c’est bien la multiplication des petites associations, constituées essentiellement de bénévoles, qui contribue à l’essor du paysage associatif. On compte ainsi 1 341 000 associations sans salarié.

En parallèle, le travail bénévole a lui aussi augmenté avec une croissance de 4.6% par an en moyenne du nombre de participations bénévoles. « Les associations sans salarié mobilisent 85 % des participations et 72 % du volume total du bénévolat, contre respectivement 15 % et 28 % pour les associations employeuses », précise l’enquête. En tout, on ne dénombre pas moins de 22 millions de bénévoles en France.

Les profils des présidents évoluent peu

L’enquête s’intéresse également au profil des dirigeants associatifs et notamment à celui des présidents. Le profil type qu’elle dresse est celui d’un homme, senior, de catégorie socioprofessionnelle moyenne ou supérieure. En effet, la place des femmes est toujours minoritaire, même si le pourcentage de présidente augmente progressivement : 36.4% en 2017, contre 31% en 2005. Les hommes sont beaucoup plus présents dans certains secteurs : le sport et la défense des droits et causes, tandis qu’on retrouve davantage de femmes dans l’action humanitaire, sociale ou la santé.

Les postes de dirigeant sont également principalement occupés par des seniors. Seuls 7% des présidents ont moins de 36 ans, 20% moins de 40 ans, tandis que 41 % des présidents ont plus de 65 ans (contre 34% en 2011). Il semblerait également que plus la part de salariés est élevée, plus l’âge du président l’est lui aussi. « Ce qui confirme que l’expérience et la qualification semblent toujours aussi prégnantes à la tête des grandes associations employeuses. On peut aussi faire l’hypothèse que la taille de l’association modifie le rôle du président, qui serait plus un gestionnaire et serait moins relié au projet associatif, entraînant un intérêt moindre des jeunes présidents pour la fonction – couplé à une moindre disponibilité également pour ce genre de tâches », note la sociologue.

Les recettes d’activité en tête des budgets

Les subventions publiques ne représentent que 20% des ressources budgétaires des associations, tous secteurs confondus. Les départements sont devenus les premiers financeurs contribuant à 12.2% des financements. Ils participent contribuent principalement aux projets des grandes associations du secteur de l’humanitaire, du social et de la santé qui sont en adéquation avec les politiques sociales des territoires. Ce sont ensuite les communes qui financent le plus d’associations, toutes tailles et tous secteurs confondus.

Si les ressources publiques se sont ralenties, c’est désormais les recettes d’activités (vente de services notamment) qui représentent l’essentiel des ressources des associations (66%) ! Dans le secteur de l’humanitaire, l’action sociale et la santé, elles représentent même 81% du budget total. Les dons et le mécénat n’arrivent qu’en bas du tableau ne constituant que 5% des recettes, derrière les cotisations des membres (9%).

Leave a Reply

Your email address will not be published.